Destanee Aiava prend sa retraite à 25 ans : « En d’autres termes, le tennis était mon petit ami toxique. »

Dans un post Instagram, l’australienne Destanee Aiava a annoncé se retirer du monde du tennis professionnel, alors même qu’elle n’a que 25 ans. Elle justifie cette retraite par une lassitude mais aussi par l’environnement toxique de son sport, qui a fini par brûler sa passion petit à petit.

Elle ne mâche pas ses mots dans l’annonce, comme vous pourrez le voir dans la retranscription complète ci-dessous. Elle met notamment en cause l’environnement du tennis, en parlant d’abord de la compétition, des parieurs sportifs, des amateurs du tennis qui l’ont critiqué… Mais elle s’oppose également au sport en lui-même en utilisant des mots forts de sens : « Derrière les tenues blanches et les traditions existe une culture raciste, mysogine, homophobe et hostile pour tous ceux qui ne se conforment pas au moule. » Ces mots sont forts de sens quand on sait que le tennis porte également une image de sport de gentlemen, très ancrés sur des traditions de fair play et de respect du jeu.

Elle parle également de la relation qu’elle avait avec le tennis et ce que cela lui a apporté : « Il m’a aussi pris beaucoup de choses : ma relation avec mon corps, ma santé, ma famille, ma confiance en moi-même et la valeur de moi-même. » Elle exprime également le fait qu’elle a parfois continué le tennis car elle ne savait pas ce qu’elle pouvait faire d’autre, qu’elle n’avait pas envie de tout recommencer. Alors elle continuait, pour ne pas se plonger dans l’inconnu. Dans le système du haut niveau, souvent, si tu es très bon quand tu es jeune, on ne te pousse pas forcément à explorer d’autres options. Et elle soulève ce point également.

Elle fait également le point sur les éléments positifs qu’elle retire de la pratique de son sport au plus haut niveau. Elle parle notamment des endroits qu’elle a eu la chance de visiter, des amis qu’elle s’est fait sur les tournois, de la communauté qu’elle a pu créer grâce au tennis, qui lui permet de prendre la parole sur les sujets qui lui tiennent à coeur.

Ce post Instagram démontre de la réalité du tennis professionnel et plus globalement du sport de haut niveau : c’est à la fois une chance inouïe pour ceux qui peuvent y accéder mais aussi un rouleau compresseur qui peut être destructeur.


Retranscription complète :

« 2026 sera ma dernière année à jouer sur les tournois de tennis professionnel. A partir du moment où j’ai eu ma première leçon au Casey Tennis Club, ma vie entière a été consacrée au tennis. Je me suis souvent demandé à quoi ma vie ressemblerait si j’avais choisi une autre voie. Et si tous les sacrifices que j’ai faits pour ce sport valaient vraiment le coup. Il y a un moment dans ma carrière où j’ai atteint le point qui arrive juste avant que tu fasses une grande percée, quand le Monde est à vos pieds et que rien ne peut vous atteindre. J’avais seulement 17 ans, je n’étais pas préparée et dangereusement naïve des conséquences de placer sa confiance dans les mauvaises personnes. Ma carrière n’a jamais été la même après cela.

Parfois, je continuais à jouer car j’avais l’impression que je le devais non seulement à moi-même mais aussi à tout le monde qui m’avait aidée durant ma carrière, pour essayer de me renvoyer là où j’appartenais sur le papier. Parfois, je continuais parce que j’étais trop effrayée de tout recommencer. Ou je m’ennuyais. Je ne savais pas non plus qui j’étais en dehors du tennis et ce qu’était ma vraie passion. J’essayais constamment de chercher cette chose qui m’apportait de la paix, plutôt que du deuil. En d’autres termes, le tennis était mon petit ami toxique.

Cela dit, le tennis m’a aussi apporté beaucoup de choses dont je suis très reconnaissante : les endroits où j’ai voyagé que certains rêvent de visiter, certains de mes meilleurs amis, une plateforme où partager mon histoire. Même quand je n’avais rien, zéro dollars car j’avais tout dépensé pour essayer de le faire. Mais il m’a aussi pris beaucoup de choses : ma relation avec mon corps, ma santé, ma famille, ma confiance en moi-même et la valeur de moi-même. Est-ce que je le referais ? Je ne sais pas mais une chose que le sport m’a aussi appris, c’est qu’il y’a toujours une chance pour tout redémarrer.

J’aimerais dire un énorme fuck you a tous ceux qui m’ont fait sentir comme une moins que rien dans la communauté tennistique. Fuck you à tous les parieurs qui m’ont envoyé de la haine ou des menaces de mort. Fuck you aux personnes qui sont assises derrière leurs écrans, commentent mon corps, ma carrière ou peu importe ceux sur quoi ils ont envie de parler. Et fuck you à un sport qui se cache derrière une « sorte de classe » et des valeurs de gentlemen. Derrière les tenues blanches et les traditions existe une culture raciste, mysogine, homophobe et hostile pour tous ceux qui ne se conforment pas au moule.

La vie n’est pas censée être vécue dans la misère ou à moitié. Mon objectif ultime est d’être capable de me lever chaque jour et de dire honnêtement que j’aime ce que je fais, ce qui devrait être normal pour tout le monde. J’ai 25 ans, je vais avoir 26 ans cette année et j’ai l’impression d’être en retard, comme si je recommençais de rien. J’ai aussi peur. Mais je préfère ça à vivre ma vie non-alignée, être toujours en comparaison et me perdre moi-même.

À la communauté des îles du Pacifique — merci. Je suis profondément touchée d’avoir pu inspirer de jeunes filles et de jeunes garçons qui me ressemblent, à ne pas avoir peur de poursuivre leurs rêves — peu importe l’endroit où ils se trouvent. Sans vous, je ne serais pas celle que je suis. Je suis fière d’avoir été l’une des rares personnes que vous avez vues sur une scène qui n’avait pas été construite pour nous. Je suis fière d’avoir marqué l’histoire pour notre peuple. Et je suis fière de mes origines — grâce à vous tous.

Merci à toutes les personnes qui ont été des fans fidèles, à mes sponsors, à ma famille, à mes meilleurs amis, à mon partenaire, à mes chats et à tous ceux qui ont joué un rôle positif dans ce parcours de 21 ans. Je ne sais pas encore à quoi ressemblera cette année ni quelle place le tennis y occupera. Ce que je sais, en revanche, c’est que ce chapitre se terminera selon mes propres conditions. Je suis profondément reconnaissante envers celles et ceux qui m’ont soutenue sans chercher à changer qui je suis. J’ai hâte d’entrer dans la prochaine phase de ma vie — une étape guidée par le sens, la créativité et la passion.

Goodbye, Destanee.

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